Jardinage Clown'n Gouv' #4


Du 2 au 5 mai, des jardinier·e·s du jardin clown se sont retrouvé·e·s dans le diois pour jardiner autour de l'art de la consigne : découvrez leur restitution en images et en mots !

ÉCHANGE ENTRE 2 JARDINIER·E·S DU JARDIN CLOWN & GOUV'


Vincent - Bonjour Juliette.
Juliette - Bonjour Vincent.

Vincent - C’est quand que t’as fait la connexion entre Gouv et Clown ?
Juliette - J’ai fait la connaissance du clown, d’un clown, de clowns, de mon clown ??? lors des séminaires UDN auxquels j’ai participé (ADN++, LSC). Ensuite un jardin clown a vu le jour, quel bonheur !!!
Moi je trouve que la GP (gouvernance partagée) c’est des fois un peu trop sérieux, trop rigide, surtout quand on commence à pratiquer. Alors quand je chausse mon nez, je peux dire, faire, sentir comment ça fait dans mon corps quand je comprends pas tout ou que je vois des trucs que les autres ne peuvent pas voir et que des fois dans la vie, dans notre monde et bin on a pas le droit de le dire ou de le montrer parce que c’est pas “politiquement correct”. Alors voilà pour moi le clown et la GP c’est une révélation, une manière de triturer tous ces concepts avec légèreté et spontanéité.

Juliette - Et toi ?
Vincent - Pour moi, qui suis psychologue, je dirais que Clown, c’est un état de conscience modifié. Quand on est clown, le présent est tout. Chaque geste est tout. On bascule dans un univers où à la fois les conséquences n’ont pas d’importance et où tout doit être parfait, intense, sans limite.
Pour moi, c’est un peu une pleine conscience dans le geste et dans l’interaction avec l’univers. Quand j’ai découvert cela, en fait avec le premier stage Gouv et Clown, cela m’a fait tout drôle… avec en plus l’effet de nouveauté, cela a été très, très, très... spécial !!
C’était aussi la découverte qu’on peut être quelqu’un d’autre, “switcher” vers une autre identité qui est en nous (qui est notre clown intérieur) et dont on a pas conscience si on ne fait jamais de Clown. C’est vraiment super ! Depuis, c’est un peu l’enchantement, la digestion… Puis le questionnement sur “comment on s’en sert ?”... Comme je fais du théâtre-forum en entreprise, cela m’aide à faire des ponts pour décaler le regard, pour accompagner ou encourager le décalage du regard des autres. Subtilement...

Vincent - J’ai lu quelque part que la meilleure façon de faire un retour critique sur un fonctionnement collectif, c’était avec l’humour... Comment tu fais dans ta pratique professionnelle ? Est-ce parfois tu bascules en Clown pour faire un feed-back un peu direct ? Est-ce qu’il y a des contextes où tu t’y autorises ?
Juliette - Dans ma pratique pro, ce qui m'aide avec le clown c'est de pouvoir sentir les réactions des gens et de pouvoir les attraper et quand j'arrive à les attrapper, “comme un papillon”, je reprends les mimiques, la manière de parler, j'amplifie la réaction des personnes pour qu'elles puissent se rendre compte de l'impact de leurs paroles ou leurs actes, je suis dans ce cas là une sorte de miroir.
J'ai l'impression qu'avec l'humour je peux les emmener à un autre endroit, je vais pouvoir plus utiliser la communication non verbale, “choper” des instants et m'en servir... Je peux alors, jouer avec ce qui est présent pour lever un blocage, le dépasser; la mise en lumière peut aider à mettre des mots et lever les freins. Le fait de mettre de la normalité, de la reconnaissance, de légitimer une émotion permet de remettre de l’humanité dans des concepts parfois abstraits et d’apparence complexe.
Dans mon rôle de facilitation, il y a plein de moments où je bascule en clown pour faire du recadrage pour que ce soit drôle et que ça passe en douceur. Ce qui est chouette c'est que les gens le reprennent pour faire de l'auto-cadrage ou pour se recadrer les uns les autres avec humour. J'utilise, les gestes, le corps et c'est ça qui me reconnecte avec le clown pour avoir cette posture.

Juliette - Et toi ?
Vincent - Au début, je crois que j’étais un peu trop brutal avec l’effet miroir. Cela m’est arrivé avec des étudiants (en psycho) de leur renvoyer leurs postures corporelles, alors qu’ils étaient déjà perturbés par la simple pratique du cercle, sans avoir ni table ni écran pour “se cacher”. Mon jeu de miroir, par rapport à leurs posture, cela les avait mis mal à l’aise parce qu’immédiatement après ils ne savaient plus trop quoi faire avec leur corps. Il fallait sans doute que je me rappelle que pour eux, j’étais “le Prof” et que le (sou)rire d’un Prof, faut l’encaisser...
Maintenant, j’essaie de faire cela plus en finesse. Je me souviens d’une formation pour dirigeants avec une collègue qui avait organisé un brise-glace sur la base d’une débat mouvant. Elle demandait de se positionner sur un axe entre émotion positive d’un côté et émotion négative de l’autre. Alors que personne ne me connaissait, je me suis mis à faire des allers-retours entre les deux extrémités de la salle, en expliquant que je vivais à la fois une excitation positive à l’idée de la journée (je me réjouissais - émotion positive ), mais que, dans le même temps, je vivais une mauvaise expérience de la veille qui n’était pas digérée (émotion négative). Cela a eu pour effet de me positionner dans le groupe et d’ouvrir chacun à son propre droit de transgresser ou de surprendre. Pas sûr que sans le clown je me serais autorisé cela.

Juliette - Comment est-ce que tu as envie de faire vivre ce jardin, ce que tu veux voir dedans, comment tu veux t'impliquer ?
Vincent - Je sais que je suis ressorti à chacune des deux sessions avec une impression de “woow”. Pour moi c’est dû à Anna, Alain, Coline qui ont tous les trois de la bouteille dans le clown et nous apportent énormément. Du coup, je me sens un peu “tout petit” par rapport à ce qu’ils peuvent proposer. D’un autre côté, je commence à bien progresser dans ma pratique du théâtre-forum en entreprise. Je suis issu de l’école de Véronique Guérin et Emmanuel Levard (Etincelle), qui propose une pratique très aboutie. Peut-être qu’un jour je serai mûr pour proposer des ponts entre ces deux univers, entre ces deux pratiques ?
Il y a aussi des potes qui me tirent du côté de la socianalyse. Un des apports, c’est d’amener le message dans la gouvernance partagée “non les gars, vous n’êtes pas en dehors du monde” ; “eh oui, les mecs (les filles) les rapports sociaux du vieux monde sont aussi présents chez vous, tout égalitaires que vous vous pensez”... D’où l’idée d’une mixte socianalyse-Clown… Mais tout cela ce sont des peut-être, des potentialités, des rêves… Donc on verra avec le temps.

Vincent - Et toi ?
Juliette - Moi j'ai envie que ce jardin vive, de voir régulièrement les chouettes personnes qui y sont. Un lieu d'expérimentation où on peut proposer, tester, oser. C'est cette idée de laboratoire, qu'on puisse venir là avec nos idées les plus folles et qu’il puisse y avoir des choses concrètes qui en ressortent et qu'on puisse les utiliser au quotidien dans notre pratique.
J'ai bien envie de proposer des choses à expérimenter. J'ai amené une piste avec le co-développement en clown, je savais pas si ça pouvait marcher…
Ça a super bien pris et le groupe a vraiment envie d'en faire quelque chose. C'est vraiment ça que j'ai envie de voir dans ce jardin, des concepts qui naissent "Ah ça ça marche et go on le refait ailleurs !!! "
Et ça c'est un truc qui a marché et je veux pouvoir proposer des choses qui font un gros "flop" et dans ce cadre là c'est ok. C'est rassurant de pouvoir le faire ici, ce qui n'est pas possible en séminaire. Avec le Jardin, je peux tester une chose et ensuite la développer, la dérouler ailleurs. Pour moi c'est ça toute la puissance de ces jardins.

Vincent - Merci Juliette, à bientôt.
Juliette - Merci à toi Vincent, oui avec plaisir.

ET UNE RESTITUTION EN IMAGES...


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